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Alexandra Harwood et Victor Dast, doux à cuir



Article écrit en collaboration avec mon amie rédactrice Laure Tarneaud - elle à la plume, moi à la photo.


Au-dessus de la Marne est perché un nid singulier, l' « appartelier » d’Alexandra et Victor, co-fondateurs d’Atelier Dast. Leur marque spécialisée dans la sellerie-maroquinerie est née dans cet espace de vie et de création où chaque objet est à sa place, des rouleaux de peaux aux « griffes à frapper » et autres « couteaux à parer. »


Oscar m’ouvre la porte, ce Staffie (Staffordshire Bull Terrier) file entre mes jambes, vite rattrapé par ses maîtres à qui il fera les yeux doux tout le long de l’interview. Alexandra, en chemise blanche, et Victor, en veste noire sans manches, s’installent sur leur canapé, leur chien jamais bien loin.


© Andrane de Barry

Au nom du grand-père, de l’oncle et de la sœur


Dast, un nom court au long passé. Nom de la famille maternelle de Victor, c’est un hommage pudique à son oncle artisan disparu autant qu’à son grand-père passionné par le bois, capable de réaliser de fines marqueteries comme des meubles plus imposants. Au jeu de la famille créative, Victor a marché sur les pas de sa grande sœur dont les différents métiers chez Azzedine Alaïa, Yves Saint Laurent et Louis Vuitton le faisaient rêver. En accolant le terme « Atelier » à Dast, Alexandra souligne que ce mot est celui qui les définit le mieux, eux qui souhaitent valoriser la sellerie-maroquinerie. Après des études en histoire culturelle de la mode notamment, elle a choisi d’intégrer l’IFM pour passer de l’observation à l’action en rêvant un jour d’accompagner un artiste. De son côté Victor, qui de son propre aveu ne fait pas les choses à moitié, est entré chez Les Compagnons du Devoir : une école de la rigueur et une rencontre déterminante avec Jacques Ferrand, également compagnon du devoir et artisan sellier-maroquinier de référence pour Victor. Essentiellement transmis oralement ce métier ne s’apprend pas dans les livres.


« La sellerie-maroquinerie ce sont les techniques de la sellerie appliquées à la maroquinerie. Il y a de nombreuses étapes, c’est un processus qui prend beaucoup de temps mais qui donne un produit beaucoup plus solide et, à mon sens, un produit avec une âme. »

En observant des gens du métier, en démontant des objets vintage pour étudier leur confection, leur épaisseur, Victor a continué son apprentissage qu’il poursuit encore. Après avoir quitté Les Compagnons, il a choisi aux côtés d’Alexandra d’écrire leur propre histoire sur cuir.


© Andrane de Barry

Made in « bon sens »


Ce couple de créatifs aime « la mode qui fait sens ». Un mot qui revient sans cesse dans notre conversation. « J’avais envie d’apprendre un métier, quelque chose qui a du sens, j’ai toujours aimé le vêtement, l’accessoire et mon rêve c’était de le fabriquer » dit Victor. Et Alexandra d’ajouter « Quand Victor me parle de son métier, ça fait sens. Il y a quelque chose de très thérapeutique dans le fait de confectionner un objet. »


D’essai en essai, Atelier Dast est né en proposant de beaux essentiels : étui-cartes, porte-cartes et ceintures. « La femme du maroquinier est la mieux accessoirisée, il faut le savoir ! » dit fièrement Alexandra en soulevant sa chemise pour laisser apparaître sa ceinture.

Derrière la simplicité apparente de ce « bon basique », chaque détail est pensé pour ces ceintures réalisées sur-mesure. La boucle en laiton provient de Poursin, manufacture française fondée en 1830 qui fournit notamment les boucles de la garde républicaine.

Pour travailler le modèle en cuir de veau naturel, Victor doit faire attention à ne pas le tacher, la moindre empreinte de doigt ou une simple goutte d’eau pouvant être fatale ! Matière vivante, le cuir évolue, se patine au fil du temps. Teinture de tranche, bords poncés, et tout le long de la ceinture un filet comme une ligne ornementale. En y regardant de plus près, tout est lisse et parfait jusqu’aux choix des cuirs, sourcés en France ou en Europe.


Et comme nous l’explique Alexandra : « Plus que le Made in France ce qui est important pour nous c’est la fabrication logique ! On a des ressources près de chez nous, pourquoi aller les chercher ailleurs ? Nous choisissons le Made in bon sens. »



L’ancien et le nouveau


Après le lancement des essentiels, Atelier Dast propose également un porte-monnaie inspiré d’une forme très Art Déco, des charms en cuir pour orner un sac ou même le suspendre à sa ceinture et une pochette doublée en veau naturel pour les grands soirs. Toujours avec des couleurs tendres : lavande, orange dahlia, vert menthe, bleu ciel, jaune mimosa…


« La plupart des artisans selliers maroquiniers font tout le temps du noir et du marron et nous avions envie de reprendre les codes traditionnels de la sellerie maroquinerie mais avec des couleurs parce que personne n’ose ! »

Entre tradition et contemporanéité, Victor chine ses outils dans les marchés aux puces ou sur des sites de revente entre particuliers. Il en fait fabriquer d’autres par des artisans au Japon, le pays qui les fait rêver et où ils imaginent leur clientèle idéale. La rêverie, la poésie, se retrouvent dans leurs shootings fleuris dont la direction artistique est signée Alexandra. Elle inscrit dans la réalité un savoir-faire à contre-courant d’une époque ultra-productive mais définitivement dans l’air du temps pour celles et ceux qui privilégient la qualité. Une stratégie commerciale qui crée une relation particulière entre leurs client·e·s et eux.



Le temps et rien d’autre


« Quand je travaille, il n’y a plus de notion du temps. Je suis hyper concentré. La radio Fip est notre meilleure amie ! » Chaque pièce est confectionnée à la main par Victor et est envoyée sous 21 jours maximum. « Avant même de recevoir une pièce Atelier Dast, nous avons envie de créer un lien émotionnel entre l’objet et son futur propriétaire. Cette émotion c’est ce que ressent Victor quand il crée et moi c’est ce que j’aime dans la mode. » Comme si pour chaque objet créé, Victor laissait une petite part de lui-même.


« Ce qui compte c’est la régularité du geste, tu n’es jamais à l’abri d’un trou mal percé, d’un fil qui casse…chaque objet est une aventure. »

Au-delà des pièces créées pour Atelier Dast, Victor continue d’accepter des commandes spéciales. Pour celles et ceux qui rêvent d’un portefeuille unique, d’un étui pour rouge à lèvres, d’une boîte sur-mesure… « Je suis d’un naturel anxieux et la sellerie-maroquinerie me canalise. Mais le moment que je préfère c’est quand une pièce est terminée. Je la pose et je la contemple. »



© Andrane de Barry

Alexandra et Victor peaufinent Atelier Dast depuis presque 4 ans. Leurs futurs projets ? Lancer de nouveaux produits comme un sac à main, ouvrir un atelier-showroom pour faire vivre à leur clientèle l’expérience de la sellerie-maroquinerie, lancer un pop-up ou encore inviter des artisans à collaborer sur des éditions limitées.

« Atelier Dast aujourd’hui est le point de rencontre entre Victor et moi, demain entre nous et d’autres artisans pour des co-créations. Atelier Dast est pour nous un lieu où la création artisanale prime. » conclut Alexandra. Et Victor de renchérir « Lier les savoir-faire, créer des collaborations pour des pièces d’art, c’est pour nous le luxe à son maximum.»


Suivez Atelier Dast sur Instagram pour découvrir leurs créations.


Texte Laure Tarneaud

Photos Andrane de Barry

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