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  • Photo du rédacteurandranedebarry

La maternité... Laissez-moi rêver.



Partie 1 / Neuf mois pour s'apprivoiser


Tout d’abord, la sidération. Devant ce résultat, que j'ai lu au moins dix fois avant d’en intégrer le sens. La surprise de cette grossesse arrivée plus vite que je ne l’imaginais, ce cadeau de la vie si précieux mais aussi si fragile. Etant atteinte d'endométriose et n'ayant pas toujours vécu un long fleuve tranquille au niveau hormonal, je m'étais préparée à ce que notre désir d'enfant nécessite patience et résilience.


Au moment d'annoncer la bonne nouvelle à mon mari, j'avais la sensation d'être aussi fébrile

que Bambi qui apprend à marcher sur ce lac gelé. Mon bonheur était tellement grand, mais il semblait si fragile. La peur était immense qu'il me glisse entre les doigts. J'avais du mal à me réjouir pleinement. Je portais la vie et déjà je n'osais plus bouger. Si j'avais pu passer la totalité

du premier trimestre de grossesse allongée, les pattes en l'air pour protéger mon bébé, je l'aurais fait. Je pensais sans cesse à toutes ces femmes qui ont vécu des fausses couches.


Quel mot étrange, "fausse couche"... Quand on a vécu un vrai début de grossesse. Qu'on a ressenti la pulsation de vie dans sa chair. Quelle injustice faite aux femmes et à leur vécu que ce terme de fausse couche. L'angoissée que je suis s'est mise dans leur peau, a touché du doigt, ou plutôt effleuré par la pensée ce que ça devait être de se réjouir d'un bébé qui n'arrivera jamais.

Même si la nature est bien faite, je pensais à la détresse qui doit habiter ces nombreuses femmes qui vivent ça dans leur corps et dans leur coeur. Quelle que soit l'avancée de leur grossesse. Et le déni de la société face à ce vécu-là, comme si ce n'était qu'une formalité. On jette le brouillon et on recommence... Rien de grave. Ou tout de grave. J'avais envie de les prendre dans mes bras et de les consoler, ces héroïnes.


Heureusement, les choses bougent. Et j'ai eu la chance, malgré quelques frayeurs, de pouvoir poursuivre ma grossesse tranquillement.


Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment aimé ces premières semaines de grossesse, malgré l'immense gratitude que j'éprouvais. Je ne suis pas douée pour mentir à mon entourage. J'avais trop envie de partager ma joie comme mon anxiété, et j'étais perdue dans la longue liste de choses qu'une femme enceinte ne doit pas faire, boire ou manger. Puis je me suis apaisée, nous nous sommes confiés à quelques très proches, et j'ai décidé de faire confiance. La vie choisirait pour moi. Bien sûr, ça ne m'a pas empêché d'attendre avec fébrilité la fameuse échographie des trois mois révolus. Une attente interminable.


Enfin, nous avons pu réellement partager notre bonheur, et le savourer pleinement.


J'ai respiré, je me suis reconnectée avec mon corps qui s'arrondissait joliment, et qui finalement me semblait plus harmonieux que lorsque je n'étais pas enceinte, avec cette endométriose envahissante qui me faisait souffrir constamment. J'ai développé une grande confiance en moi

et je me suis sentie plus heureuse et sereine que jamais. Ce deuxième trimestre m'a vu m'émerveiller devant la maman kangourou que j'étais devenue, adorer sentir les premiers mouvements de ce bébé qui s'invitait dans mon corps. Tout me semblait si naturel et évident.

J'ai gagné en créativité, je me sentais débordante d'énergie et d'envies. Heureuse, pleinement heureuse. Sans "mais", pour une fois. Je savourais ma chance.


Le troisième trimestre était moins doux. Plus de maux, moins de légèreté. Le bébé commence à sérieusement peser et la fatigue se fait sentir. Mais il fallait tenir, bienvenue dans les mauvais côtés d'un métier en free-lance. J'ai le sentiment que les salariées n'ont pas assez conscience de la chance qu'elles ont de vivre dans un pays où on peut s'arrêter quand on est trop fatiguée, tout en étant payée. J'ai poussé mon corps dans ses limites, et appris au même moment que notre bébé était mal positionné. Cela m'a vraiment contrariée, à réveillé en moi beaucoup d'angoisses liées à l'accouchement. La perspective d'une naissance en siège plus risquée et donc médicalisée me terrorisait. Grâce à l'hypnose, au yoga, au chant prénatal, et à une séance avec une ostéopathe exceptionnelle, j'ai réussi à me recentrer.


Aujourd'hui, à l'aube de donner la vie pour la première fois, je me sens bien. Et j'ai plus que jamais envie de rêver. Rêver à la maman que je serai, à la relation que je suis déjà entrain de créer avec ce petit être, rêver à cette nouvelle famille que nous allons fonder. Je prends tellement de plaisir à préparer les affaires de mon bébé, à imaginer à quoi il va ressembler et l'émotion qui sera la nôtre. J'ai envie de rester dans ma bulle de bonheur, malgré quelques conseils ou avertissements qui pourraient la faire éclater.


La parole se libère, et c'est vraiment bien. Pour que les femmes soient préparées aux difficultés qu'elles vont rencontrer sur le chemin de la maternité, il faut parler. Mais j'ai parfois l'impression de n'entendre que du négatif, et que les joies de la vie de maman s'en retrouvent occultées. Qu'on survole le bonheur que cela peut représenter d'avoir un enfant, pour s'attarder sur les difficultés, et ainsi créer des inquiétudes qui ne seront peut-être pas fondées. Car chaque grossesse, chaque accouchement, chaque post-partum, chaque chemin vers la maternité est unique et différent. La souffrance est difficilement évitable, et nous ne sommes pas égales dans ce que nous traversons.

Je suis pleinement consciente du corps abimé que l'on ne reconnait plus après une grossesse, de la fatigue qui s'accumule, des tensions qui peuvent s'installer dans le couple, de l'équilibre délicat à retrouver, de la solitude et du désarroi que l'on peut être amené à ressentir. Mais j'aime à croire que l'on peut aussi s'épanouir pleinement dans la maternité, que l'on s'adapte à sa nouvelle vie, en faisant comme on peut et au mieux, en apprenant en toute confiance, et que l'amour inconditionnel va surpasser les nuits sans sommeil et le tsunami émotionnel. Je suis toujours preneuse de conseils, j'aime cette solidarité qui se crée entre les mères, mais je ne veux pas qu'on me vole ma naïveté. C'est si bon de rêver.








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