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Le fil de Morgane



Article écrit en collaboration avec mon amie rédactrice Laure Tarneaud - elle à la plume, moi à la photo.


Morgane Crane nous donne rendez-vous au Ver à Soie, « l’empire du fil de soie » au cœur du Sentier à Paris. Ce lieu unique réservé aux professionnels, Morgane l’a découvert grâce à une de ses professeures de broderie. Accueillie à bras ouverts par les propriétaires de cette entreprise familiale créée en 1820, elle y choisit les fils colorés pour sa marque Brodé Paris.


Morgane porte un bleu de travail, pièce à l’origine de sa marque. Un vêtement intemporel et mixte dont la toile de coton foncé fait ressortir les nuances des fleurs qu’elle a brodées en parfaite symétrie. Autour de nous, chaque couleur de fil de soie est rangée dans une boîte aux noms plus poétiques les uns que les autres « tourterelle », « laurier rose », « bruyère », « fauve », « violet renaissance »…


© Andrane de Barry


Broderie blanche et bonnes fées


Comme dans les meilleurs contes, Morgane doit son goût pour la beauté à des fées cultivées en commençant par sa marraine : « elle était antiquaire au Louvre et quand j’étais enfant je manipulais les objets qu’elle vendait, elle m’emmenait voir des expositions à Paris et j’ai toujours eu une attirance pour l’ornement. » La broderie est arrivée un peu plus tard, lors de son projet de fin d’études à l’École Duperré à Paris. Alors qu’elle se destine à devenir styliste dans la mode enfantine, elle s’intéresse de plus près à cet art. Morgane apprend patiemment les points auprès de professeures attentives et douées.

Ces magiciennes lui enseignent ses premières leçons notamment l’art de la broderie blanche : « c'est ce qu'il y a de plus ancien dans la broderie en France. On la retrouve sur le linge de lit, avec les monogrammes, armoiries… Les familles aristocratiques faisaient broder leurs linges avec cette technique-là. » Elle songe un temps à créer une marque de linge de maison brodé à la main puis décide de rentrer à l’École Lesage pour découvrir l’art de la broderie haute couture et se perfectionner.


« Cette veste a exigé 50 heures de broderies. C'est important pour moi de montrer à la clientèle la valeur du travail. Avec internet, nous pouvons tout obtenir rapidement, or j'ai envie de réapprendre à attendre. »



La maîtrise du temps


Son projet entrepreneurial se précise au fur et à mesure de son apprentissage pour mettre en avant la broderie sans la limiter au linge de maison. Sa meilleure amie lui souffle le nom. « Nous cherchions un mot simple. Notre idée est d’intervenir avec la broderie sur de la matière brute quelle qu’elle soit … Ainsi est né “Brodé Paris, au fil du temps” pour valoriser aussi le temps lié au travail de la main. » Un nombre « 50 » et une lettre « H » apparaissent en relief en bas de la veste qu’elle porte ce jour-là : « ce 50H est brodé en fil d'or 24 carats. Il signifie que cette veste a exigé 50 heures de broderies. C’est important pour moi de montrer à la clientèle la valeur du travail. Avec internet, nous pouvons tout obtenir rapidement, or j’ai envie de réapprendre à attendre. »




Entre la commande et la réception d’une veste Brodé Paris, il faut patienter en moyenne deux mois. Morgane détermine le prix d’une veste en fonction du nombre d’heures de travail, ainsi pour 50h de travail il faut compter 3 000 euros quand des boutons de manchette brodés, eux, sont vendus 150 euros afin de satisfaire toutes les envies.



© Andrane de Barry


Masculin Féminin


Grâce au programme IFM Entrepreneur, Morgane apprend l’art subtil de structurer sa marque. Quant à ses inspirations, elle les trouve aux puces de Saint Ouen, au gré d’expositions ou encore dans les bibliothèques comme la bibliothèque Forney, rue du Figuier à Paris. Cette mine d’or lui permet de consulter des archives textiles notamment autour du costume masculin qui nourrissent sa créativité. « Nous avons oublié à quel point le costume masculin du XVIIIe siècle était très orné avec beaucoup de broderies, de fleurs… Des détails que l’on associe plus souvent à la femme. » Elle retravaille ensuite les motifs au crayon de couleur ou à la gouache pour épurer ou créer de nouvelles couleurs.


« Entre les doigts de Morgane glissent les perles, les rubans et les fils, on l'imagine broder à côté de sa fille de sept ans à qui elle transmet déjà sa passion. »

Sous son trait, œillets, roses et pensées retrouvent leur vivacité. Le contraste est saisissant entre le raffinement de la broderie, les inspirations du passé et un vêtement aussi traditionnel que le bleu de travail. Elle se souvient que son père ne quittait pas le sien, la semaine, pour travailler comme le week-end. Morgane choisit ce vêtement fétiche chez Le Laboureur, entreprise familiale à Digoin en Bourgogne qui lui a immédiatement fait confiance pour un partenariat.



Aujourd’hui, elle travaille avec deux brodeuses : Véronique Ernoul, meilleure ouvrière de France en broderie blanche, et Annie Penin, ancienne professeure à l’École Lesage, dont elle admire le talent. Pour s’offrir une pièce, les commandes s’effectuent essentiellement via Instagram, en attendant un jour d’avoir un espace atelier où accueillir sa clientèle qui s’agrandit grâce au bouche-à-oreille.


Au bout du fil


Dans le futur, Morgane imagine pouvoir broder du cuir, du bois, du laiton et même du béton ! Elle souhaite créer des broches, des pins, des barrettes, des bracelets de montre et rêve de collaborations avec l’illustrateur et créateur Marin Montagut comme avec le Musée de la Toile de Jouy. « Nous n’avons pas envie d’être contraintes par la mode, l’univers de la décoration nous attire. » Quand d’autres s’installent à une terrasse de café avec leur ordinateur, Morgane préfère saisir son ouvrage en cours. « La broderie pour moi est comme une méditation. La broderie a un aspect presque thérapeutique, je suis vraiment concentrée. Il y a une forme de satisfaction profonde de voir naître progressivement l'ornement. C'est une façon de dessiner avec du fil. »


Sans dé à coudre pour « mieux ressentir la matière », elle commence par un essai, comme un croquis de broderie. Elle fait et défait, réalisant parfois jusqu’à cinq échantillons avec du fil de coton de la Maison Sajou avant de broder la pièce finale avec du fil de coton, de soie ou en mêlant les deux. « Quand on fait un échantillon de broderie, on peut avoir des effets différents selon le nombre de fils qu'on met, selon l'épaisseur de l'aiguille. De nombreux éléments entrent en ligne de compte et font que le résultat ne sera pas le même. »


© Andrane de Barry

Entre ses doigts glissent les perles, les rubans et les fils et je l’imagine broder à côté de sa fille de sept ans à qui elle transmet déjà sa passion. Cette artisane aux doigts d’or conclut notre échange avec philosophie « Je pense que je prendrai toujours des cours, se perfectionner c’est le travail d’une vie…».


Suivez Brodé Paris sur Instagram pour découvrir les créations de Morgane.


Texte Laure Tarneaud

Photos Andrane de Barry

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